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1chat entre 2 arbres

1chat entre 2 arbres

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Between (6)

Publié par ManonLdy sur 24 Décembre 2012, 16:38pm

Between (6)

Voici le 6° chapitre de Between! En espérant que vous apprécierez!

 

Chapitre 6: L'enfant de la Forêt

Je deviens incontrôlable et j’ouvre la fenêtre sans en donner l’ordre par moi-même. J’hurle le prénom de Charlie qui me fait signe de le suivre. Avant qu’il ne disparaisse dans la verdure, je saute la fenêtre et atterris sur le lit souple de la forêt. Sans un regard en arrière je pars à sa poursuite.

Je crois le perdre de vue quand il sort des buissons. Pourquoi court-il ainsi ? Ou veut-il m’emmener ? Je suis guidé par mes instincts. Les hautes fougères me fouettent les jambes et les branches me battent, mais je ne ressens pas la douleur. Mon cœur bat la chamade, mais j’ai le sentiment que rien ne m’arrêterait, je ne peux pas faillir à ma mission.  Il me semble que je tourne en rond. Je vois Charlie se volatiliser littéralement puis réapparaitre un peu plus loin. Que fait-il ? Pourquoi essait-il de m’échapper ? Ma gorge se noue et la respiration me manque. Je m’arrête quelques instants afin de reprendre un peu de souffle et d’observer les alentours, mais je ne vois que des arbres, partout.

« Charlie ! Charlie ! j’hurle »

Je m’accroupis sur le parterre de mousse. Charlie a disparu une nouvelle fois. Mais seulement, était-ce bien lui ? Je ne suis plus certain de l’avoir vu finalement. Je ne dois plus me fier à ce que je vois, je ne peux plus me le permettre. Je me persuade d’avoir été victime d’une vision, quoi d’autre ? Si Charlie était réellement dans cette forêt, il ne m’aurait pas fuit. Il n’avait pas de raison de la faire. Mon esprit s’embrume, je ferai bien de marcher un peu et de boire une gorgée d’eau. La maison a disparu elle aussi, je n’ai pas le choix de m’aventurer plus loin dans la forêt. Après tout, cette vison était peut-être un signe.

Contrairement au soleil de la plaine, celui que je vois au travers des feuillages se trouve à son zénith. Il doit être aux environs de midi. Je me débarrasse de ma veste que je range dans mon sac pour me retrouver en tee-shirt, la chaleur est étouffante et l’air est humide, certainement à cause de la végétation en abondance. Les senteurs âcres et sucrées qui se dégagent des écorces me donnent la nausée. Je ne connais pas l’espèce de ces arbres malgré mes nombreuses excursions en forêt en temps de paix momentanée. La plupart du temps, le pays est en guerre et l’accès en dehors du périmètre autorisé est refusé pour éviter tous actes de résistance ou de rassemblement. Ce traité a été signé entre notre pays et ceux d’Asie il y a peu de temps afin de procéder à un cessez le feu provisoire. Chacun y a apporté ses conditions. Il faut croire que notre propre pays a arrêté de vouloir nous défendre en envoyant son peuple ici même, dans ce monde. Afin de protéger l’espèce parait-il. Il me semble que l’on nous utilise comme des bêtes de laboratoire. L’humanité n’éprouve plus aucun respect pour l’humanité même. Cela me révolte, me met hors de moi. En songeant à tout cela, ma marche s’est involontairement accélérée comme poussée par mes nerfs, écorchés à vif par les événements précédents.

Le paysage est toujours aussi homogène et la présence d’animaux est nulle, mis a part les quelques rares oiseaux que j’ai croisé en chemin. Je ne remarque pas non plus de point d’eau. C’est surement cette contrainte qui repousse les animaux. Quoi qu’il en soit je dois trouver de l’eau afin de remplir ma gourde. Les arbres et les plantes doivent forcément s’alimenter quelque part, à moins qu’il n’y ait une source souterraine. 

Le silence de la forêt est pesant. Aucun vent, aucun chant d’oiseau. Tout parait inexistant, sans vie, alors que les apparences soulignaient le contraire. On dirait même que la forêt m’observe. Qu’elle me regarde passer en prenant le soin de ne faire aucun bruit. Je suis là, en étranger.

Les arbres paraissent soudain se crisper dans un bruissement léger, à peine audible, comme pour prévenir d’un danger imminent. D’un mouvement instinctif, je lève la tête et tombe instantanément sur deux yeux qui me fixent, perchés dans les branches. Je recule d’un pas, la gorge nouée, pris de surprise. La petite fille aux yeux gris et profonds, prend alors un air apeuré, saute de sa branche comme un chat habile et retombe sur ses deux pieds. Elle me regarde de ses yeux déroutants, tourne sur ses talons, puis fuit dans la forêt à une vitesse surhumaine. Quand je parviens enfin à lui demander de s’arrêter, elle a déjà disparu. Qui était-elle ? Comment pouvait-elle courir aussi vite et sauter de sa branche  qui se situait à plus de cinq mètre du sol sans se briser les os? Je suis cloué sur place, incapable de bouger, perdu dans un épais brouillard de questions et d’hypothèses. Un instant je crois encore être victime d’une vision. Mais la forêt, sait. Elle a été témoin de la scène. A sa manière, je sens qu’elle retient encore sa respiration et cela, elle ne peut pas l’imiter. La petite fille était donc réelle, et étrangement cette idée me plait. 

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