Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

1chat entre 2 arbres

1chat entre 2 arbres

Un blog, plusieurs catégories.


"Between" (Entre les Mondes) (4)

Publié par ManonLdy sur 9 Décembre 2012, 12:32pm

"Between" (Entre les Mondes) (4)

Voici le quatrième chapitre (eh, oui, déjà) d'"Entre les mondes", aussi appelé Between, qui réserve encore bien des surprises. Si vous avez aimé le début, vous allez adorer la suite. Si vous n'avez pas encore lu le début, il est temps de remédier à cela: Cliquez sur le titre "1Chat entre deux arbres", situé tout en haut, qui vous conduiera directement à la page d'accueil du blog. Ensuite, cliquez sur les icônes intitulés "Entre les mondes". Voilà! Bonne lecture à tous!

M&T.

 

Chapitre IV: Remonter la rivière

 

          Je descends du chêne en empruntant les branches qui m’ont servi pour l’ascension, puis je dérape sur l’une d’entre elles et tombe dans une marre d’eau peu profonde. Le choc et le froid bloquent un moment ma respiration, puis je m’empresse de me hisser sur l’herbe sèche de la rive en suffoquant. Jusque là je n’avais pas remarqué le froid, mais maintenant que je suis trempé jusqu’aux os, il se fait plus cinglant que jamais. Au moins, je ne manquerais pas d’eau. Je remplis une gourde et l’apporte à mes lèvres. L’eau a un goût affreusement amer mais elle est à l’avantage d’être désaltérante. J’enfile ma besace autour de mon épaule puis me dresse et scrute l’horizon dans toutes les directions. Si je veux retrouver Tante Suzanne, Charlie et Jake il me semble qu’il serait préférable de rentrer dans les terres. La mer ne me servirait que de barrière.

Je saute d’îlot en îlot tout en prenant la précaution de ne pas glisser une seconde fois. Au fur et à mesure de ma marche, l’eau des étangs parait prendre de la hauteur si bien que peu de temps après, les  ilots disparaissent imperceptiblement sous les flots. Je me rappelle subitement d’une leçon que l’on nous a enseignée à l’école étant plus jeune. Les marrées. La mer est entrain de monter et s’engouffre sur les terres. Dans quelques instant, le marais aura disparu sous les profondeurs, et moi avec.

Je suis pris au piège. Aucune issue. La plaine se trouve encore loin et même en courant je ne parviendrai pas à l’atteindre avant que l’eau ne me passe au dessus de la tête. Heureusement, je sais nager et cela pourrait jouer en ma faveur.

Un bruissement m’interpelle et je vois sortir des joncs un grand cerf qui se précipite vers les étangs. De façon totalement inattendue, il saute sur d’énormes nénuphars et traverse l’étang à une vitesse folle. Peu après, il rejoint la plaine. Ce cerf vient de m’offrir mon billet de sorti. J’examine les nénuphars démesurés, que jusque là je n’avais encore jamais remarqués, les touche, vérifie leur solidité puis engage un pas. Je reprends mon équilibre puis saute sur un second et ainsi de suite. C’est totalement invraisemblable. A la manière du cerf, je traverse les étangs prestement et j’atteins le bord de la Plaine à temps. Je m’assois et soupire de soulagement en regardant les vaguelettes lécher mes chaussures. Je sors de mon sac un morceau de viande séchée que je mastique longuement avant d’avaler puis je me dresse et j’observe la position du soleil. Ce soleil auquel je n’avais pas encore prêté d’attention me semble plus intense que celui qui illumine la Terre. Malgré tout, il commence à se faire bas, le soir ne tardera pas à tomber . J’examine le paysage baigné dans un brouillard dense, à quoi vais-je encore être confronté ? Il n’y a aucun arbre ni buisson, juste une plaine d’herbe grasse et humide sectionné par la rivière qui rejoint la mer. Elle semble être une cicatrice dans ce paysage plat et homogène.

Je suis au milieu de nulle part et je ne sais pas par où commencer. Quelle direction prendre ? Je dois être fort et resté fidèle à mes promesses. Tant que Jake détient le collier que je lui ai confié mon père veillera sur lui, Charlie et Tante Suzanne.

Je marche le long de la rivière quand j’aperçois au loin, alors que la brume se dissipe, une forme abstraite blanchâtre de l’autre côté de la rivière. Une maison. Est-ce possible qu’une personne puisse vivre dans ce que je qualifierais « le vide » ? Je plisse les yeux afin de l’examiner. Une épaisse fumée noire sort de la cheminée. Je grelotte en pensant au feu crépitant et aux braises ardentes. Je reprends mes esprit et traverse la rivière à l’endroit où elle me semble la moins profonde. Puis je me hâte vers la maison.

Alors que je suis à quelques pas du seuil, la familiarité de cette maison avec celle de mes parents me cloue au sol. C’est bien plus que cela, c’est la maison de feus mes parents.

La porte est entrouverte, comme avant. Alors que je jouais dans le parc en face de la maison étant plus jeune, ma mère avait pour habitude de laisser la porte d’entrée légèrement ouverte afin de m’entendre et que je puisse rentrer rapidement en cas de danger.

Je la pousse du bout des doigts et quitte le froid strident de la plaine pour une chaleur bienfaisante dans laquelle je m’enveloppe comme je me loverais dans une épaisse couette. Je tombe sur le couloir de l’entrée décoré par une infinité de miroirs et de bougies scintillantes qui me fait penser que ma visite était attendue. Je ferme la porte derrière moi puis un miroir me fait face. Je ne me reconnais pas, ce ne peut pas être mon reflet. J’ai en face de moi un jeune garçon de dix ans. D’un blond coloré aux yeux couleur de noisette. Je le regarde et il me regarde. Je lui adresse un signe. Il m’adresse un signe. Nos faits et gestes sont simultanés. Soudain, je reconnais ce garçon. Le visage que j’observe et bel et bien le mien en plus jeune. Etonnamment, mon reflet brise le fil qui lie nos regards et se retourne pour accueillir un homme et une femme sortant de l’obscurité. Il me faut peu de temps pour les reconnaître. Ce sont mes parents en personne. Ils sont magnifiques et ont l’air posé et satisfaits. J’ai l’impression qu’ils sont derrière moi alors je jette un bref coup d’œil sur mon épaule mais je ne remarque personne, puis, je reporte mon attention sur le miroir mais mon reflet de jeune garçon et mes parents ont disparus. Je reste en tête à tête avec moi-même, alors je remarque mes yeux exténués, mon visage est sale.

Je fais demi-tour et suis le chemin de bougies le long du couloir pour déboucher sur le salon. Mes parents sont là, assis sur le canapé en face d’un feu jaune vif. La scène paraît irréelle, peut-être l’est-elle. J’entends la porte s’ouvrir puis mon reflet de jeune garçon refait irruption, court dans le couloir et traverse mon corps comme ci je ne présentais aucune barrière, puis se blottit dans les bras de mes parents. Mon reflet pleure et mes parents le réconfortent.

«  J’ai eu si peur du noir, sanglote-t-il.

_ Il n’y a pas de danger petit Ange. La porte sera toujours ouverte pour que tu y trouves refuge, lui murmure ma Mère avant de porter son attention vers moi suivi de mon Père et de mon reflet. »

Je ne sais plus quoi faire. Je voudrais courir vers eux, les serrer et sentir leur cœur battre à nouveau contre le mien. Mais avant que la question ne se pose, ils se fondent dans l’air dans un dernier regard. 

Commenter cet article

Articles récents