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1chat entre 2 arbres

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Histoires parisiennes

Publié le 6 Octobre 2012, 22:04pm

Aaah ! On n'a que le week-end pour se coucher si tard et pour pouvoir lire, geeker et tout ça jusqu'à pas d'heure.. En parlant de ça, j'ai lu une super nouvelle, et autant vous la faire partager ! Elle s'intitule "Histoires parisiennes" et à été écrite par Tom Vangucht. Bonne lecture ! ♥

M.

Histoires parisiennes

Le corps froid et les muscles raidis par la mort. C'est ainsi que l'on retrouva M. Meyer, seul, pendu dans sa chambre.

Tout comme on se lasse d'une musique trop entendue, on se lasse aussi des besoins satisfaits, des plaisirs luxueux, des rêves accomplis.

M. Meyer était un homme d'une cinquantaine d'années. Petit et trapu, il était cependant bel homme. Il aimait les femmes avec passion, et le mariage ne lui effleurait jamais l'esprit. C'était un homme riche, mais qui aimait se montrer plus fortuné qu'il ne l'était vraiment, et il n'hésitait pas à exhiber avec ostentation ses accoutrements fins. Il habitait une vaste maison dans les beaux quartiers de Paris, non loin de la Seine. Une maison, la plupart du temps vide, car Mr Meyer préférait se payer un hôtel étoilé ou dormir chez une femme rencontrée le soir même. Il avait hérité d'une grande entreprise d'automobile au coeur de Paris au décès de son père.

Un soir de fin d'été, Mr Meyer vont à la "Brasserie Montmartre", située à quelques pas de son lieu de travail et sinstalla à sa table habituelle. Le temps était maussade, et la foule s'empressait de se mettre à l'abri dans le seul café de la rue. Les gens criaient et s'esclaffaient. Une jeune demoiselle s'assit à une table située dans le fond, juste en face de Mr Meyer. Elle était trempée jusqu'aux os et ses longs cheveux blonds, ondulés à cause de l'eau qui s'égouttait jusqu'à ses pieds nus, se déposaient sur ses épaules menues. Elle avait la peau claire et satinée et ses traits étaient finement dessinés. Elle portait pour tout vêtement une légère robe blanche que l'eau avait rendue transparente. Son nom était Rose, et elle n'était agée que de dix neuf ans. Elle n'avait plus de famille et n'était pas bien riche et se contentait de son salaire de serveuse dans un bar du quartier Pigalle, ou offrait son corps à une homme quand sa paye ne lui suffisait pas pour vivre. Mr Meyer, buvant son café, contemplait sa forte poitrine, puis se replongea dans la lecture de son journal. Mais malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de poser les yeux sur Rose, si belle et pourtant, laissant transparaitre une certaine fragilité. Leurs regards se croisèrent, et Mr Meyer sut qu'il ne dormirait pas seul ce soir. Rose avait l'air de le considérer et observait les moindres détails de son costume, de sa montre, de ses bijoux. Mr Meyer ne tarda pas à la rejoindre, l'invita à diner, puis, ils partirent tous les deux dans sa voiture stationnée dans une rue voisine en direction de son domicile.

Le lendemain matin, Mr Meyer déposa Rose à son poste avant d'aller travailler.

"Quand est-ce que je te reverrai? lui demanda-t-il.

-Je fini ce soir à vingt heures, passe me prendre.

-Tu me manqueras, je veux te voir d'autres jours.

-J'ai besoin de gagner ma vie, je ne cherche pas d'histoire d'amour.

-Je t'offrirai ce dont tu as besoin, je t'offrirai le luxe en échange de ta présence Rose."

Sur ces mots, ils se regardèrent, puis Rose ferma la portière de la voiture en s'en allant en courant sur le trottoir opposé. Elle était vêtue d'un long manteau de fourrure, d'un chapeau de feutre blanc et d'escarpins que Mr Meyer lui avait acheté. Elle ne paraissait plus autant miséreuse que la veille, et elle avait même pris le soin de se maquiller.

Les journées passaient au même rythme. Mr Meyer ne cessait de penser à Rose. Ils se voyaient tous les soirs. Rose dormait à l'hôtel avec Mr Meyer, qui la conduisait le lendemain à son travail.

Puis, un jour, il fut décidé que Rose vivrait chez Mr Meyer. Sa seule présence réchauffait la vaste demeure. Depuis la rencontre de Rose, Mr Meyer ne rencontrait plus de femme, et ne désirait qu'elle.

"Comme c'est grand ! Que de richesses tu as là ! s'époustoufla Rose en passant le seuil de la porte. Je sens que je vais me plaire ici, et c'est tellement charmant de ta part de m'avoir tout bonnement proposé ton hospitalité alors que le patron m'a fichu à la porte.

-Tout cela est pour toi, ma belle Rose."

Puis, elle s'agrippa au cou de Mr Meyer et lui chatouilla l'oreille d'un murmure:

"M'aimes-tu?"

Le sifflement de sa voix le fit frissonner et il répondit en chuchotant:

"Oh oui, passionnément.

-Alors prouve le moi. je ne veux plus."

Puis, ils s'embrassèrent longuement.

Un soir, alors que Mr Meyer lisait un roman dans son lit à côté de Rose, elle s'agita et soupira.

"Qu'as-tu donc? la questionna Mr Meyer.

-Mon chéri, je m'ennuie tellement ! Je n'ai plus de vêtement dans ma garde robe. Et je suis cloitrée dans cette maison parce que tu prends tout le temps la voiture pour aller au travail. Si seulement tu pouvais m'acheter une belle voiture, une nouvelle garde robe et de beaux bijoux. Tu sais bien que je n'ai plus de salaire!"

Mr Meyer aimait Rose plus que tout au monde et se plia à chacune de ses demandes. Plus les jours passaient, et plus Rose devenait exigente.

Un jour, alors que Rose lui demanda une chaine en or sertie de diamants qu'elle avait aperçu dans une vitrine, le paiement de Mr Meyer fut refusé et il apprit par sa banque qu'il était ruiné. Les achats de Rose avaient épuisé la totalité de son argent.

Il resta quelques semaines enfermé chez lui et tenta d'apaiser les crises dépensières de sa bien-aimée. Elle pleurait et criait toute la journée en se désolant de l'ennui que lui procurait son mari, et décida à partir de ce moment, ils dormiraient chacun dans une pièce différente.

Mr Meyer ne dormait plus, et une nuit, il se leva, descendit les escaliers à pas feutrés et se mit au volant de sa voiture. Il pleuvait des cordes et les gouttes s'écrasaient contre le pare-brise. Mr Meyer entamait le commencement de la fin. Les rues étaient désertes. Il gara sa voiture à son lieu de travail et gravit les marches rapidement jusqu'à son bureau. A l'aide d'une clé, il ouvrit une porte qui menait à la salle officielle dans laquelle était rangés minutieusement les revenus de l'entreprise. Ce qu'il restait, tout au moins, car depuis la mort de son père, l'entreprise était fortement endettée.

Il vola dans la caisse.

Le lendemain, alors que Rose se maquillait devant sa coiffeuse, Mr Meyer vint lui baiser le cou et lui mis délicatement le collier dont elle rêvait sur sa peau claire et douce.

Toutes les nuits, Mr Meyer se rendait à son bureau et prit de l'argent dans la caisse, en se disant que celle-ci serait la dernière fois jusqu'au jour où on lui appris que son entreprise avait fait faillite, et qu'il devait licencier tous les ouvriers. Mr Meyer était abasourdi. Les ouvriers n'auront plus de salaire par sa faute, et il n'aura bientôt plus de quoi entretenir Rose. Il décida alors de rentrer plus tôt.

Il faisait déjà nuit, sa voiture était tombée en panne et Mr Meyer n'avait pas d'argent pour se payer le carburant. Il dût finir la route à pieds. Il se trainait, le regard vide dans les sombres ruelles de Paris, qui n'avaient plus rien de charmant. Les appartemments étaient crasseux, l'air avait un goût amer.

Il s'arrêta devant sa porte et réfléchit à la manière dont il allait annoncer la terrible nouvelle à Rose.

Il posa sa main sur la clenche, la fit tourner,

Puis, la porte s'ouvrit, les fleurs étaient fanées.

Sa vaste maison était affreusement vide.

Il resta là et regarda les meubles, livide.

Puis, il se résolu à gravir les marches et ouvrit la porte de sa chambre. Son coeur s'arrêta quelques instants. Rose était là, et le regardait, tout en restant allongée sur un jeune homme. Tous deux étaient nus et ils se serraient l'un contre l'autre. Mr Meyer n'arrivait plus à penser et quand il reprit sa respiration, il suffoquait tellement qu'il s'écroula au sol.

Rose avait rencontré Allan quelques mois auparavant, alors qu'elle s'ennuyait affreusement, seule dans cette maison en attendant le retour de Mr Meyer. Depuis lors, ils se voyaient plusieurs fois par semaine quand Mr Meyer était absent. L'argent et le luxe avaient fini par la lasser et la rendaient malheureuse. Elle était en quête des petits bonheurs simples de la vie, et avait décidé d'entamer une relation avec Allan, avec lequel elle avait passé quelques nuits.

Prise d'effroi, elle se rhabilla et s'enfuit avec Allan dans sa voiture que son ancien compagnon lui avait offerte.

Mr Meyer se releva, le regard vide. Rose avait-elle fait en sorte de se débarasser de lui? Il ouvrit la porte menant au grenier et monta à l'échelle. En cette journée, il avait tout perdu, sa femme, et son entreprise. Il avait aussi condamné ses employés au chômage. Toutes ses idées se bousculaient et lui donnaient mal au crâne. Une fois le grenier atteint, il marcha paisiblement sur le parquet grinçant jusqu'à une fenêtre. Il regarda la pluie tomber, et ce, pendant deux ou trois jours.

Le corps froid et les muscles raidis par la mort. C'est ainsi que l'on retrouva Mr Meyer, seul, pendu dans sa chambre.

Tom Vangucht

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